Par William Legros — 8 juillet 2026
ℹ️ Portée de cet article
Ce protocole est une grille de vérification générale. Il ne remplace pas un conseil financier ou fiscal personnalisé et ne doit pas être utilisé tel quel en cas de portefeuille important, d’activité professionnelle, d’expatriation, de donation ou succession, ou de contrôle fiscal en cours. Dans ces situations, consultez un avocat fiscaliste ou un expert-comptable spécialisé.
Une semaine après la fin de la période transitoire MiCA du 1er juillet 2026, le paysage crypto français a changé de forme. Binance, la plus grande plateforme mondiale, ne peut plus accueillir de nouveaux clients ni traiter de nouveaux ordres spot en France. Bitget, dans une posture voisine, a organisé le transfert de ses clients français vers Coinhouse. Selon un décompte journalistique post-deadline, une partie seulement des PSAN historiques avait basculé vers un statut compatible MiCA au 1er juillet 2026. Le chiffre exact doit être vérifié dans le temps auprès des listes officielles AMF/ESMA. Pour deux millions d’orphelins de Binance et un nombre inconnu d’utilisateurs d’autres plateformes cessantes, la question n’est plus « quelle plateforme est agréée » (voir notre liste complète des plateformes agréées MiCA en France) mais bien « comment je bascule sans faire d’erreur fiscale ? ». Voici le protocole en 5 étapes.
Ce qui s’est réellement passé au 1er juillet 2026 (bilan J+7)
Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets) est entré en application complète le 30 décembre 2024, avec une période transitoire de 18 mois pour les anciens PSAN français (statut créé par la loi PACTE de 2019). Cette période s’est terminée le 1er juillet 2026 à minuit. Depuis, seules les entités titulaires d’un agrément CASP (Crypto-Asset Service Provider), délivré par l’AMF ou passeporté depuis un autre régulateur de l’Union européenne, peuvent fournir des services de crypto-actifs à des résidents français.
Sur le terrain, cela s’est traduit par plusieurs mouvements majeurs :
- Binance a confirmé le 24 juin 2026 par email à ses ~2 millions d’utilisateurs français qu’elle n’obtiendrait pas d’agrément MiCA avant le 30 juin. Depuis le 1er juillet, la plateforme ne peut plus accueillir de nouveaux clients ni proposer de nouveaux ordres spot en France. Une fenêtre de retrait est ouverte pour les clients existants. Voir notre guide dédié Binance quitte la France.
- Bitget (120 millions d’utilisateurs mondiaux), également non agréée, a confié le transfert de ses clients français à Coinhouse.
- Tilvest (gestion d’actifs crypto) a basculé son activité vers Coinhouse.
- Selon un décompte journalistique post-deadline (Journal du Coin, 02/07/2026), une partie seulement des PSAN historiques avait basculé vers un statut compatible MiCA au 1er juillet 2026. Le chiffre exact et la situation de chaque acteur doivent être vérifiés dans les listes officielles AMF/ESMA.
- Coté plateformes agréées et actives en France : Coinhouse (le seul acteur véritablement français), Kraken (passeport CBI Irlande), Coinbase (passeport CSSF Luxembourg), Bitpanda (passeport BaFin Allemagne), Trade Republic (passeport BaFin Allemagne), Bitstack.
- L’ESMA a publié fin juin un communiqué officiel rappelant qu’il n’y aurait ni prolongation ni exception : les DASP non autorisés doivent disposer de « plans de cessation d’activité crédibles et exécutables immédiatement » depuis le 30 mars 2026 (source : communiqué AMF/ESMA).
Pour un investisseur particulier français, la question fiscale se joue sur trois points : (1) conserver l’historique complet nécessaire au calcul futur des plus-values selon la formule globale de l’article 150 VH bis du CGI, (2) déclarer correctement la clôture d’un portefeuille détenu auprès d’un prestataire établi à l’étranger via le 3916-bis, (3) identifier l’entité contractuelle et son pays d’établissement afin de ne pas confondre passeport européen et établissement en France. Pour un portefeuille de crypto-actifs à l’étranger, la case de renvoi est 8TT ; la case 8UU concerne les comptes bancaires à l’étranger.
Étape 1 — Constater la cessation officielle et geler les opérations
La première action à faire, avant toute opération, est de constater officiellement que votre plateforme est en cessation d’activité en France. Cela signifie :
- Vérifier sur la liste blanche AMF si votre prestataire y figure. Recherchez le nom légal exact (pas le nom commercial) : par exemple, « Binance France SAS » ou « Payward Europe Solutions Ltd » pour Kraken. Un numéro commençant par « A » (ex. A2025-001) indique un agrément CASP délivré par l’AMF ; un numéro commençant par « D » ancien PSAN sans CASP indique un statut caduc depuis le 1er juillet 2026.
- Consulter l’email officiel reçu de la plateforme (si applicable) : il devrait détailler la fenêtre de retrait autorisée, les services suspendus, la date limite de retrait des fonds et l’entité qui prendra le relais s’il y en a une.
- Sauvegarder cet email et faire une capture d’écran de la liste AMF au jour de la constatation. Ces pièces documentent votre cessation forcée, ce qui pourra servir de justificatif si l’administration fiscale vous interroge sur le transfert et la fermeture.
- Geler immédiatement les opérations : ne plus faire d’échanges crypto-crypto sur la plateforme, ne plus staker ni utiliser les fonctionnalités DeFi intégrées, ne plus prendre de position sur les nouveaux produits. Objectif : figer votre historique pour préparer un transfert propre.
⚠️ Ne cédez pas à la panique
La plupart des plateformes cessantes maintiennent une fenêtre de retrait de plusieurs mois. Binance a annoncé un retrait ordonné, pas une coupure abrupte. Ne précipitez pas la vente pour éviter une plus-value imposable non prévue (« CGT panique »). Prenez le temps de faire la bascule dans les règles.
Étape 2 — Archiver l’historique nécessaire au calcul fiscal global
C’est l’étape la plus importante fiscalement et pourtant la moins évoquée dans la communication grand public. Le régime français n’utilise pas un « PMP par crypto ». Pour chaque cession imposable, l’article 150 VH bis du CGI retient une formule fondée sur le prix total d’acquisition de l’ensemble du portefeuille, le prix de cession et la valeur globale du portefeuille au moment de la cession (doctrine BOI-RPPM-PVBMC-30-20). L’expression « PMP » est courante dans les outils, mais elle ne doit pas faire croire à un coût moyen calculé séparément pour chaque token.
Concrètement, un simple transfert des mêmes actifs ne remet pas à zéro le prix total d’acquisition fiscal du contribuable. En revanche, la nouvelle plateforme ne récupère pas nécessairement l’historique de l’ancienne. Sans exports et justificatifs, vous ou votre logiciel fiscal pourrez reconstruire de façon incomplète la formule globale lors d’une future cession imposable.
- Exportez sur votre plateforme cessante l’historique complet de vos transactions (achats, ventes, échanges, frais) au format CSV. Chez Binance, la fonction s’appelle « Historique des transactions ».
- Notez votre solde final par crypto à la date du transfert : quantité + valeur en euros à la date de la sortie (utile pour la trace).
- Générez, si vous utilisez un outil fiscal, un rapport et un export de contrôle de l’année 2026 (Waltio, Koinly, Blockpit — voir notre comparatif des outils). Ce document ne « fige » pas juridiquement un PMP : il aide à conserver et rapprocher les données nécessaires au calcul.
- Conservez durablement ces pièces (CSV, relevés de solde, justificatifs et rapport fiscal). Le délai de reprise de dix ans prévu à l’article L. 169 du LPF vise notamment le cas où l’obligation déclarative d’un portefeuille de crypto-actifs à l’étranger n’a pas été respectée ; il ne s’applique pas automatiquement à tout compte correctement déclaré. Une conservation de dix ans peut rester une précaution d’archivage, pas une présentation du délai de droit commun.
💡 Pourquoi 10 ans
Le délai de reprise de droit commun en matière d’impôt sur le revenu expire en principe à la fin de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l’imposition est due. L’article L. 169 du LPF l’étend jusqu’à la fin de la dixième année lorsque certaines obligations déclaratives, dont celle de l’article 1649 bis C sur les portefeuilles de crypto-actifs à l’étranger, n’ont pas été respectées. Une déclaration 3916-bis correctement déposée ne déclenche donc pas, à elle seule, ce délai de dix ans.
Étape 3 — Choisir la nouvelle plateforme : vérifier l’entité, l’agrément ou le passeport UE
Un prestataire peut être agréé directement par l’AMF ou opérer en France via le passeport européen MiCA d’un autre régulateur de l’Union. Ce n’est pas illégal en soi ; le point important est de vérifier l’entité juridique, le régulateur, les services réellement couverts et la présence dans les listes officielles.
| Plateforme | Type d’agrément | Régulateur d’origine | Compte à déclarer en 3916-bis ? | Cases IR |
|---|---|---|---|---|
| Coinhouse | Agrément CASP direct AMF | AMF (France) | Non — compte français | 2086 seulement en cas de cession imposable |
| Bitstack | Agrément CASP direct AMF | AMF (France) | Non — compte français | 2086 seulement en cas de cession imposable |
| Kraken (Payward Europe) | Passeport européen | CBI (Irlande) | Oui — compte étranger UE | 3916-bis ; 2086 seulement en cas de cession imposable |
| Coinbase (Coinbase Europe) | Passeport européen | CSSF (Luxembourg) | Oui — compte étranger UE | 3916-bis ; 2086 seulement en cas de cession imposable |
| Bitpanda | Passeport européen | BaFin (Allemagne) | Oui — compte étranger UE | 3916-bis ; 2086 seulement en cas de cession imposable |
| Trade Republic | Passeport européen (CIF + CASP) | BaFin (Allemagne) | Oui — compte étranger UE | 3916-bis ; 2086 seulement en cas de cession imposable |
Vérification à faire au moment du choix : entrer le nom légal exact du prestataire sur la liste blanche AMF.
Deux corollaires pratiques :
- Si vous voulez simplifier votre 3916-bis à l’avenir, privilégiez Coinhouse ou Bitstack (les seuls agréments AMF directs — l’entité est française). Vous n’aurez plus à déclarer un compte étranger.
- Si vous privilégiez la couverture technique (DeFi, multi-chain, gros volumes), Kraken/Coinbase/Bitpanda/Trade Republic offrent des services souvent plus complets, au prix d’un 3916-bis à maintenir chaque année.
Note E-E-A-T : le CEO de Deblock a publiquement mis en garde contre le « faux sentiment de victoire » français — malgré les acteurs français agréés, une part significative des orphelins Binance devrait se reporter mécaniquement sur Kraken et Coinbase, qui bénéficient d’un effet marque et d’une couverture géographique historiquement plus large. La destination n’est pas le seul critère de choix, la conformité déclarative française en fait aussi partie.
Étape 4 — Exécuter le transfert (wallet ou nouvelle plateforme, timing)
Une fois la nouvelle plateforme choisie et l’historique fiscal documenté, deux voies de transfert existent :
- Voie A — Transfert direct de plateforme à plateforme (wallet-to-wallet interne). Rapide, peu de risque de perte d’adresse, frais réseau réduits. Fonctionne bien pour les cryptos majeures (BTC, ETH, SOL, USDC, USDT). Vérifiez que la nouvelle plateforme supporte l’ensemble de vos actifs — sinon, une revente préalable peut créer une plus-value imposable non voulue.
- Voie B — Passage par un wallet personnel (auto-hébergé, type Ledger Nano). Plus sécurisée (vous gardez la garde des clés), utile si vous voulez temporiser le choix de la nouvelle plateforme ou fractionner la bascule. Contre-partie : coût de gaz réseau, complexité si beaucoup d’actifs, risque d’erreur d’adresse à l’envoi.
Points de vigilance techniques :
- Testez d’abord avec un petit montant (ex. 10 € en ETH) avant de transférer un solde important. Un envoi vers une mauvaise adresse est irréversible.
- Respectez le réseau : envoyer un ERC-20 vers une adresse BEP-20 sans passerelle = perte des fonds. Vérifiez la sélection réseau (Ethereum, BSC, Polygon, etc.) à chaque envoi.
- Attention aux frais de retrait de la plateforme cessante : certains sont fixes (Binance : ~0,00025 BTC), d’autres proportionnels. Fractionner un transfert peut coûter cher.
- Ne clôturez pas votre compte cessant tout de suite. Gardez-le ouvert le temps de vérifier que le transfert est bien arrivé sur la nouvelle plateforme et que tous vos soldes sont conformes. Comptez 2-3 semaines de vérification.
Fiscalement, le simple transfert d’un wallet à un autre (ou d’une plateforme à une autre) ne constitue pas un fait générateur d’imposition : ce n’est ni une cession, ni un échange. Aucune plus-value à déclarer sur le transfert lui-même. La règle du sursis d’imposition sur les échanges crypto-crypto sans soulte s’applique par ailleurs (article 150 VH bis II-A CGI, doctrine BOI-RPPM-PVBMC-30-10, § 80).
Étape 5 — Déclarer la fermeture du compte étranger en 3916-bis
Dernière étape, souvent négligée mais critique fiscalement : lorsque vous fermez votre compte sur la plateforme cessante étrangère (Binance, Bitget, etc.), vous devez déclarer cette clôture sur votre déclaration de revenus 2026 (à déposer en 2027) via le formulaire 3916-3916 bis dans sa version en vigueur lors de la campagne 2027. Voir notre guide complet du 3916-bis.
Concrètement, sur le formulaire :
- Cochez la case « clôture » (et non « ouverture » ni « détention »).
- Renseignez la date de clôture effective confirmée par le prestataire, et non la seule date de l’annonce de cessation ou du retrait du dernier actif.
- Renseignez le nom légal exact du prestataire tel qu’il apparaissait sur vos relevés.
- Sur la déclaration 2042, cochez 8TT pour signaler un ou plusieurs portefeuilles de crypto-actifs détenus auprès d’un organisme établi à l’étranger et joindre le 3916-bis correspondant. La case 8UU vise les comptes bancaires à l’étranger ; elle ne remplace pas 8TT pour un portefeuille crypto.
Attention aux sanctions. L’oubli de déclaration d’un compte étranger crypto est sanctionné :
- 750 € par portefeuille non déclaré, porté à 1 500 € lorsque sa valeur vénale dépasse 50 000 € à un moment quelconque de l’année concernée.
- 125 € par omission ou inexactitude, porté à 250 € lorsque le seuil de 50 000 € précité est dépassé.
- Plafond global : 10 000 € par déclaration.
- Base : article 1736 X du CGI, doctrine BOI-CF-INF-20-10-50.
La clôture d’un compte se déclare dans l’année de sa fermeture effective. Si votre compte Binance est fermé en 2026, la déclaration de clôture s’effectue en 2027 sur les revenus 2026. Ne pas oublier : même après clôture, l’obligation déclarative demeure pour l’année de fermeture, ne serait-ce que pour matérialiser la sortie et arrêter le compteur d’obligations les années suivantes.
Les 5 erreurs à ne pas commettre
| # | Erreur | Conséquence | Bon réflexe |
|---|---|---|---|
| 1 | Vendre en panique tout son portefeuille en euros avant la cessation | Fait générateur d’imposition sur la plus-value latente : PFU 31,4 % applicable dès 2026 sur les cessions | Transfert de crypto à crypto (sursis) ou vers wallet auto-hébergé |
| 2 | Ne pas conserver l’historique fiscal avant transfert | Reconstitution incomplète du prix total d’acquisition et de la valeur globale du portefeuille lors d’une future cession imposable | Exporter CSV, relevés, justificatifs et rapport de contrôle avant transfert |
| 3 | Confondre passeport UE et agrément AMF direct | Croire que Kraken/Coinbase est un « compte français » et oublier la 3916-bis | Vérifier sur la liste blanche AMF si numéro « A » (direct) ou passeport UE |
| 4 | Fermer le compte cessant trop vite | Perte de l’historique + impossibilité de récupérer un actif mal transféré | Attendre 2-3 semaines de vérification post-transfert avant clôture |
| 5 | Oublier la case clôture 3916-bis | Amende de 750 € par portefeuille (1 500 € au-delà de 50 000 € à un moment quelconque de l’année), plafond de 10 000 € par déclaration | Déclarer la clôture l’année de la fermeture effective + case 8TT sur la 2042 |
Cas concrets — 2 profils qui basculent en juillet 2026
📊 Cas 1 — Alice, utilisatrice Binance CeFi (spot uniquement)
Situation : 250 transactions sur Binance depuis 2022, portefeuille ~40 000 € en BTC + ETH + USDC, aucun DeFi, résidente fiscale française pure.
Protocole :
1. Reçoit l’email Binance du 24/06. Vérifie sur la liste AMF : Binance France SAS non listée avec agrément « A » → cessation confirmée. Screenshot conservé.
2. Exporte historique CSV Binance 2022-2026. Génère rapport Waltio 2026 (~99 €).
3. Choisit Coinhouse (agrément AMF direct → simplifiera son 3916-bis à l’avenir).
4. Transfère BTC et ETH vers Coinhouse (test 10 € d’abord). Si une conversion d’USDC en euros est nécessaire avant le retrait, elle constitue une cession imposable. Son résultat doit être calculé avec la formule globale de l’article 150 VH bis ; il ne faut pas présumer que la plus-value est proche de zéro au seul motif qu’il s’agit d’un stablecoin.
5. Attend 3 semaines, vérifie les soldes. Ferme le compte Binance mi-août 2026.
6. Déclarera la clôture en 3916-bis en 2027 sur les revenus 2026 + case 8TT.
Temps total : ~4 heures étalées sur 3 semaines. Coût fiscal : aucun sur le simple transfert ; la conversion éventuelle d’USDC en euros doit être calculée séparément.
📊 Cas 2 — Karim, utilisateur Binance + Bitget + MetaMask DeFi
Situation : 1 800 transactions cumulées (500 Binance, 300 Bitget, 1 000 DeFi Ethereum/Arbitrum/Solana), positions Aave, staking ETH via Lido, un airdrop L2. Portefeuille ~65 000 €.
Protocole :
1. Deux emails de cessation reçus (Binance 24/06, Bitget). Vérifie AMF pour les deux → non agréés.
2. Génère rapport Koinly Hodler (99 $ ≈ 91 €) intégrant les 3 sources — les données historiques sont consolidées.
3. Choisit Kraken pour Binance (passeport CBI Irlande, couverture DeFi correcte) et laisse ses positions DeFi sur MetaMask. Sait qu’il devra maintenir un 3916-bis pour Kraken.
4. Bitget → transfert automatique vers Coinhouse (organisé par Bitget). Vérifie que les soldes arrivent, quantités correctes.
5. Attend 3 semaines, ferme les 2 comptes cessants début août 2026.
6. Prépare 2027 : 3916-bis clôture ×2 (Binance + Bitget) + 3916-bis ouverture ×1 (Kraken), case 8TT et, seulement s’il a réalisé des cessions imposables, déclaration 2086 calculée à partir de l’historique consolidé.
Temps total : ~8 heures sur 3 semaines. Complexité fiscale : moyenne, gérable avec un outil fiscal correct + un avis expert-comptable si activité DeFi jugée pro par l’administration.
FAQ — Bouger vos cryptos après MiCA
Ma plateforme n’est pas agréée MiCA au 1er juillet 2026 : que dois-je faire ?
Constater officiellement la cessation (email + liste AMF), archiver vos historiques et les données nécessaires au calcul fiscal global avec, si utile, un rapport fiscal (Waltio, Koinly ou Blockpit), choisir une nouvelle plateforme agréée, transférer vos actifs en test d’abord, attendre 2-3 semaines de vérification, puis fermer le compte cessant. La clôture se déclare l’année de sa fermeture en 3916-bis avec la case « clôture ».
Le transfert de mes cryptos d’une plateforme à une autre est-il imposable ?
Non. Le simple transfert d’un wallet ou d’une plateforme vers une autre (avec les mêmes actifs, sans conversion en euros) ne constitue pas un fait générateur d’imposition en droit français. Il n’y a ni cession, ni échange. Aucune plus-value à déclarer sur le transfert lui-même. Attention : une conversion en euros constitue une cession imposable. Un échange crypto-crypto sans soulte, y compris vers un stablecoin relevant des crypto-actifs, bénéficie en principe du sursis prévu au A du II de l’article 150 VH bis ; vérifiez séparément les opérations avec soulte et les cas particuliers.
Kraken et Coinbase sont-ils des « comptes français » puisque j’y accède depuis la France ?
Non. Kraken (Payward Europe Solutions Ltd, Irlande) et Coinbase Europe SA (Luxembourg) opèrent en France via un passeport européen. L’entité contractuelle reste étrangère à la France. Vous devez donc déclarer votre compte en 3916-bis chaque année (case « détention ») et cocher la case 8TT sur votre 2042. Coinhouse et Bitstack, en revanche, sont des entités françaises directement agréées par l’AMF — pas de 3916-bis à faire pour ces plateformes.
Quelle est la sanction si j’oublie de déclarer la clôture de mon compte Binance en 3916-bis ?
750 € par portefeuille non déclaré. Ce montant est porté à 1 500 € si sa valeur vénale dépasse 50 000 € à un moment quelconque de l’année concernée. Les omissions ou inexactitudes sont sanctionnées à hauteur de 125 €, montant porté à 250 € au-delà du même seuil ; plafond global de 10 000 € par déclaration (article 1736 X CGI). Lorsque l’obligation déclarative de l’article 1649 bis C n’a pas été respectée, le délai de reprise peut aller jusqu’à la fin de la dixième année suivant celle au titre de laquelle l’imposition est due (article L. 169 LPF).
Puis-je garder mes cryptos sur un wallet auto-hébergé (Ledger, Trezor) sans plateforme ?
Oui, la détention sur un wallet auto-hébergé est légale. Un wallet dont vous détenez seul les clés n’est pas, par nature, un portefeuille ouvert auprès d’une entreprise ou d’un organisme établi à l’étranger. Depuis le 1er juillet 2026, l’article 1649 bis C vise aussi les références de crypto-actifs uniques et non fongibles détenus ou utilisés à l’étranger ; ses modalités d’application doivent être précisées par décret. Cette extension ne permet pas d’affirmer que tout wallet en self-custody devient automatiquement un « compte à l’étranger ». Suivez notre veille été 2026.
Combien de temps ai-je pour retirer mes fonds d’une plateforme cessante ?
Cela dépend de chaque plateforme. Binance a annoncé un retrait ordonné avec plusieurs mois de fenêtre pour ses clients français. D’autres plateformes peuvent proposer 30 jours seulement. Le règlement MiCA impose un plan de cessation « crédible et exécutable immédiatement » (ESMA), avec transfert vers un CASP autorisé ou un portefeuille auto-hébergé, sans préjudice indu au client. Vérifiez les conditions exactes dans l’email officiel reçu de votre plateforme.
Dois-je faire une nouvelle 3916-bis chaque année pour un compte chez Kraken (passeport UE) ?
Oui. Tant que vous êtes domicilié fiscalement en France et que le portefeuille est ouvert, détenu ou utilisé auprès d’un prestataire établi à l’étranger, vous devez le déclarer chaque année en 3916-bis (case « détention »), y compris lorsque le prestataire opère via un passeport européen. La clôture ne se déclare qu’une fois, l’année de la fermeture effective.
Quel outil fiscal utiliser pour conserver et rapprocher mon historique lors du transfert ?
Waltio, Koinly et Blockpit permettent d’exporter des rapports utiles avant transfert, mais ces rapports ne remplacent ni les historiques sources ni les justificatifs et ne figent pas juridiquement un « PMP ». Waltio (39-999 €) est le plus adapté à une déclaration française standard. Koinly (49-279 $) est préférable pour la DeFi et les portefeuilles multi-chain. Blockpit (49-599 €) couvre certains besoins européens spécifiques. Voir notre comparatif détaillé des outils fiscaux crypto 2026.
La flat tax à 31,4 % s’applique-t-elle aussi aux cessions faites sur mon ancienne plateforme avant sa cessation ?
Oui. Pour les cessions imposables relevant de l’article 150 VH bis en 2026, l’impôt sur le revenu reste fixé à 12,8 % par l’article 200 C du CGI et les prélèvements sociaux totalisent 18,6 %, dont une CSG à 10,6 % selon l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale, soit 31,4 % au total. Le simple transfert n’est pas concerné ; une option globale pour le barème progressif demeure possible dans les conditions légales. Voir notre explication détaillée du PFU 31,4 %.
Puis-je transférer mes cryptos vers un exchange non-européen (US, asiatique) après le 1er juillet 2026 ?
Techniquement oui, rien ne l’interdit pour un particulier. Mais un exchange non-UE ne peut plus proposer ses services aux clients français depuis le 1er juillet 2026 (règle MiCA), sauf cas très limité de « sollicitation inversée » (le client demande explicitement le service, sans marketing de l’exchange en Europe). En pratique : peu de garantie de protection consommateur, obligations 3916-bis maintenues, risque KYC/AML tendu. Pour un investisseur particulier standard, mieux vaut choisir un CASP agréé.
Sources officielles utilisées
Sources fiscales recontrôlées le 15 juillet 2026 : communiqué AMF/ESMA sur la fin de la période transitoire MiCA, liste AMF Protect Épargne, articles 150 VH bis, 1649 bis C et 1736 du CGI, article L. 169 du LPF, BOFiP RPPM-PVBMC-30-10 et -30-20, BOFiP CF-INF-20-10-50 et loi n° 2026-534 du 25 juin 2026. Les informations concernant Binance, Bitget, Tilvest et Coinhouse doivent rester relues contre leurs communiqués ou des sources de presse fiables au moment de l’action.
- Communiqué AMF/ESMA : fin de la période transitoire MiCA
- Liste blanche AMF — vérification des prestataires
- BOFiP BOI-RPPM-PVBMC-30-10, § 80 — sursis des échanges crypto-crypto sans soulte
- BOFiP BOI-RPPM-PVBMC-30-20 — calcul de la plus-value et valeur globale du portefeuille
- CGI, article 150 VH bis — formule de calcul et sursis
- CGI, article 200 C — taux forfaitaire d’impôt sur le revenu de 12,8 %
- Code de la sécurité sociale, article L. 136-8 — CSG sur les revenus du patrimoine
- CGI, article 1649 bis C — déclaration des portefeuilles crypto à l’étranger
- CGI, article 1736 X — sanctions déclaratives
- LPF, article L. 169 — délais de reprise
- BOFiP BOI-CF-INF-20-10-50 — sanctions comptes étrangers non déclarés
- Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, art. 91 (modification article 1649 bis C CGI)
- Journal du Coin, 02/07/2026 — décompte 117 PSAN / 83 agréments MiCA, à revalider dans le temps auprès des listes officielles AMF/ESMA
Pour approfondir : notre liste complète des plateformes agréées MiCA en France, notre guide Binance quitte la France, notre guide du 3916-bis et notre comparatif des outils fiscaux crypto 2026. Pour un patrimoine crypto significatif ou une expatriation en cours, un avis d’avocat fiscaliste spécialisé reste vivement recommandé avant toute bascule.


