Par Mathieu Lamarre — 28 mai 2026
Binance est l’exchange le plus utilisé par mes clients particuliers. Toutes catégories confondues, plus de la moitié des dossiers crypto que je traite en cabinet passent par Binance à un moment ou un autre. C’est aussi l’un des exchanges les plus pénibles à traiter correctement pour la déclaration française, non pas parce que son historique est difficile à récupérer, mais parce que Binance propose une quinzaine de produits différents (spot, futures, earn, launchpool, P2P, liquid swap, convert) qui se traduisent par des types de transactions très variés dans l’export. Voici le tuto complet, étape par étape, pour déclarer proprement son Binance en 2026.
Pourquoi Binance demande une attention particulière
Trois raisons pour lesquelles Binance mérite un tutoriel dédié plutôt qu’une mention dans un guide générique.
Premièrement, le volume et la diversité de produits. Binance propose le spot, les futures (ne concernent pas les particuliers français standards), le earn (staking, savings), le launchpool, le P2P, le Binance Card, et plusieurs autres fonctionnalités périphériques. Chaque type d’opération génère des lignes spécifiques dans l’historique que les outils d’aide à la déclaration interprètent avec des niveaux de finesse variables.
Deuxièmement, le siège juridique à l’étranger. Binance n’a pas son siège en France : selon les périodes, il a été à Malte, aux Îles Caïmans, aux Émirats arabes unis. En 2026, Binance France est une entité enregistrée auprès de l’AMF, mais le groupe global reste une entité non française. Conséquence : vous devez déclarer votre compte Binance sur le volet 3916-bis du formulaire 3916 en tant que compte d’actifs numériques à l’étranger.
Troisièmement, le changement récent de régulation MiCA. En 2026, Binance n’a pas encore obtenu d’agrément MiCA en France : enregistrée comme PSAN depuis 2022, la plateforme figure parmi les sociétés non encore agréées, son maintien après la fin de la période transitoire (30 juin 2026) restant conditionné à l’obtention de cet agrément. Pour vos obligations fiscales personnelles, cela ne change rien : vous devez toujours déclarer votre compte et vos cessions. La régulation MiCA protège votre position côté protection des fonds, pas côté fiscalité.
Étape 1 : exporter votre historique Binance
Binance propose deux méthodes pour exporter votre historique fiscal. Commençons par la plus simple et la plus fiable : l’export via API en lecture seule.
Dans votre compte Binance, accédez à la section « Gestion des API » (menu Profil > Sécurité > Gestion des API). Créez une nouvelle clé API en donnant un nom reconnaissable (par exemple « Déclaration fiscale 2025 »). Binance vous propose par défaut plusieurs permissions. Cochez uniquement la permission « Enable Reading ». Décochez tout le reste : pas de spot trading, pas de future, pas de withdraw. Cette restriction garantit que votre clé API, même si elle était exposée, ne permet aucune opération financière, uniquement la consultation de vos données.
Notez précieusement la clé publique et la clé secrète qui s’affichent. Binance ne vous montrera la clé secrète qu’une seule fois. Si vous la perdez, vous devrez révoquer la clé et en créer une nouvelle.
Si vous préférez ne pas passer par l’API, Binance propose également un export CSV complet via l’onglet « Historique des transactions ». Sélectionnez la période (l’année fiscale complète, du 1er janvier au 31 décembre), choisissez « Tous les types de transactions », et téléchargez le fichier. L’export peut prendre quelques minutes pour un historique chargé. Gardez cet export sur votre ordinateur, il pourra servir de justificatif en cas de contrôle.
Étape 2 : importer dans votre outil fiscal
Un outil d’aide à la déclaration accélère considérablement le traitement. Les principaux outils (évalués en détail dans la catégorie outils fiscaux) supportent tous Binance via API ou CSV.
Sur Waltio, l’import API est le chemin le plus simple. Vous collez votre clé publique et votre clé secrète dans l’interface Waltio, l’outil se connecte à Binance en lecture seule et récupère l’ensemble de votre historique en quelques minutes. Pour un compte avec 500 transactions, compter 5 à 10 minutes de synchronisation initiale.
Sur Koinly, la procédure est similaire avec un formulaire dédié « Add Exchange > Binance ». Koinly récupère en plus l’historique des futures si vous en avez fait (avec un avertissement sur le régime fiscal spécifique qui nécessite un accompagnement).
Point d’attention commun aux deux outils : les produits Binance Earn et Launchpool ne sont pas toujours parfaitement catégorisés automatiquement. Certaines rewards peuvent être importées comme des dépôts génériques au lieu d’être classées comme revenus de staking. Vérifiez manuellement les lignes après import, notamment sur les flex savings et les locked stakings, et requalifiez si nécessaire.
Étape 3 : réconcilier les lignes Binance
La réconciliation est l’étape qui détermine la qualité de votre déclaration finale.
Vérifiez d’abord les transferts internes. Un transfert de BTC de Binance vers votre Ledger n’est pas une cession imposable, c’est juste un déplacement de fonds. Votre outil fiscal doit avoir correctement identifié ces transferts en les mettant en correspondance (transaction sortante Binance liée à transaction entrante Ledger). Si cette correspondance n’est pas faite automatiquement, certains outils permettent une réconciliation manuelle : vous pointez la transaction sortante et la transaction entrante comme étant les deux jambes d’un même transfert, elles sortent alors du calcul des cessions imposables.
Vérifiez ensuite les dépôts inexpliqués. Binance peut afficher des dépôts de type « Distribution » qui correspondent à des airdrops, des rewards de staking ou des corrections de compte. Chacun de ces types a un traitement fiscal différent. Les airdrops et rewards ont une valeur d’acquisition au jour de leur réception qui devra être retenue pour le calcul futur. Les corrections administratives ne sont pas imposables. Triez-les avec votre outil.
Vérifiez enfin les conversions via Binance Convert. Le produit « Convert » de Binance permet un swap instantané entre deux cryptos, sans passer par le carnet d’ordres classique. Comme tout échange crypto-crypto sans soulte, ces opérations bénéficient du sursis d’imposition prévu à l’article 150 VH bis II-A du CGI : elles ne sont pas des cessions imposables et n’entrent dans le calcul qu’au moment d’une cession ultérieure contre une monnaie ayant cours légal. Les outils retracent généralement bien ces conversions, mais vérifiez qu’aucune n’a été omise dans votre historique pour le suivi du prix d’acquisition.
Étape 4 : générer et reporter votre 2086
Une fois votre historique Binance propre et réconcilié, votre outil génère le formulaire 2086 prêt à reporter sur impots.gouv.fr.
Ouvrez votre parcours déclaratif en ligne, section actifs numériques, et activez le remplissage du 2086. Ligne par ligne, reportez vos cessions depuis le rapport généré par votre outil. Le calcul PMP global, détaillé dans l’article sur le formulaire 2086, est fait automatiquement par l’outil, vous n’avez qu’à saisir les valeurs.
Si vous n’avez que des cessions issues de Binance dans l’année et aucune autre source crypto, c’est rapide. Si vous avez plusieurs exchanges, n’oubliez pas que le calcul PMP global agrège toutes vos cryptos sur toutes vos sources, pas seulement Binance. Les cessions Binance se mélangent avec celles de Kraken, de votre Ledger, de Coinbase pour produire un calcul global unique. Votre outil le fait automatiquement, mais vérifiez que toutes vos sources sont bien connectées avant de générer le rapport final.
Étape 5 : le volet 3916-bis pour votre compte Binance
Étape trop souvent oubliée, qui coûte 750 € de pénalité par compte non déclaré (montant porté à 1 500 € si la valeur totale des comptes dépasse 50 000 €). Votre compte Binance est un compte d’actifs numériques détenu auprès d’un prestataire étranger : il doit figurer sur votre formulaire 3916-bis.
Les informations à renseigner : nom commercial (« Binance »), adresse du siège juridique. Sur ce point, attention : l’adresse à indiquer n’est pas celle de Binance France (agréée MiCA à Paris), mais celle du siège juridique de l’entité auprès de laquelle votre compte est techniquement détenu, qui peut varier selon votre ancienneté et la juridiction concernée. Binance vous fournit cette information dans les mentions légales de votre compte ou sur demande au support.
Renseignez aussi votre identifiant utilisateur (email ou User ID Binance), la date d’ouverture de votre compte (disponible dans vos emails d’inscription ou via le support), et une éventuelle date de clôture si le compte a été fermé dans l’année. Pour les détails techniques du remplissage, je renvoie à l’article dédié sur le formulaire 3916-bis.
Les cas Binance particuliers à surveiller
Quatre cas particuliers reviennent régulièrement dans les dossiers Binance de mes clients.
Binance Smart Chain (BSC) et BNB. Si vous avez transféré des cryptos vers votre propre wallet sur BSC (Metamask connecté à BSC), les transactions on-chain BSC sont hors du périmètre Binance et doivent être importées séparément via votre wallet. Binance Smart Chain est supporté par les principaux outils fiscaux mais avec une couverture technique variable. Vérifiez que votre outil prend correctement en compte les interactions DeFi sur BSC.
Binance P2P. Le P2P permet d’acheter ou vendre des cryptos directement entre utilisateurs, avec paiement fiat hors plateforme. Ces opérations apparaissent dans votre historique Binance comme des dépôts ou retraits d’euros. Elles sont généralement traitées correctement par les outils, mais vérifiez que le prix de cession retenu correspond bien au cours de marché au moment de la transaction, et pas à un prix arbitraire si votre contrepartie P2P a négocié un écart par rapport au marché.
Binance Earn (Savings et Staking). Les rewards perçues via Savings (intérêts sur stablecoin ou crypto) et Staking (rewards de validateur délégué) ont un traitement fiscal spécifique. En tant que revenus en nature reçus au titre d’un placement, leur qualification fiscale fait l’objet de débats et dépend de la nature exacte de l’activité. La position la plus communément retenue consiste à les traiter comme des bénéfices non commerciaux (BNC) avec valorisation au jour de la réception, puis à les intégrer au portefeuille crypto pour le calcul des plus-values ultérieures en cas de cession. Pour les profils très actifs sur Binance Earn, un avis d’avocat fiscaliste est recommandé.
Binance Card et dépenses fiat. Si vous avez utilisé votre carte Binance pour des achats en euros financés par la vente automatique de cryptos, chaque dépense est en réalité une cession crypto suivie d’un paiement fiat. Toutes ces micro-cessions sont imposables et s’ajoutent à votre historique. Un utilisateur intensif de la Binance Card peut se retrouver avec plusieurs centaines de cessions dans l’année, chacune étant de faible montant mais chacune comptant dans le calcul PMP global.
La checklist finale pour votre déclaration Binance
Avant de valider votre déclaration complète, passez en revue cette checklist spécifique Binance.
Votre clé API Binance a été créée avec permission « Enable Reading » uniquement, sans trading ni withdraw. L’historique complet de l’année fiscale a été synchronisé avec votre outil. Les transferts internes vers vos autres comptes et wallets ont été correctement identifiés et écartés des cessions imposables.
Toutes les conversions Binance Convert (échanges crypto-crypto) ont été correctement suivies pour le prix d’acquisition, en tenant compte du sursis d’imposition qui s’y applique tant qu’il n’y a pas de sortie en euros. Les rewards Binance Earn ont été valorisées au jour de leur réception. Les éventuelles interactions BSC via vos wallets on-chain ont été importées séparément et intégrées au calcul global.
Votre formulaire 2086 intègre bien toutes les cessions Binance ainsi que celles de vos autres sources crypto dans le calcul PMP global. Votre formulaire 3916-bis déclare bien votre compte Binance comme compte d’actifs numériques détenu à l’étranger, avec la bonne adresse de siège juridique.
Vous avez archivé votre export CSV Binance complet de l’année en tant que justificatif, ainsi que les éventuels emails de confirmation de votre outil fiscal.
Le même tutoriel s’applique globalement à Coinbase, Kraken, Kucoin et Bybit, avec des variations mineures sur la structure des exports et des produits proposés. Pour les détails spécifiques à chaque plateforme, je publierai des tutoriels dédiés dans les semaines qui viennent, accessibles via la catégorie déclaration du site. Le principe reste le même : API ou CSV, réconciliation soignée, 2086 et 3916-bis remplis avec précision. La fiscalité crypto française n’est pas compliquée à appliquer une fois qu’on a les bonnes étapes en tête. Elle devient ingérable quand on improvise.
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